Myopie évolutive près d'Aix-en-Provence

Docteur Julie Blot - Ophtalmologiste

Introduction sur la myopie

Ophtalmologue près d'Aix-en-Provence

Sa prévalence a toujours été plus importante en Asie, mais elle le devient également en Europe. La myopie est parfois qualifiée d’ « épidémie » voire de « pandémie » dans nos sociétés modernes. Une méta-analyse de 2016 (Global prevalence of myopia and high myopia and temporal trends from 2000 through 2050, Holden et al., Ophthalmology, 2016) montrait que d’ici à 2050, 50% de la population mondiale sera myope… dont 10% de myopes forts, soit 1 milliard d’individus.

Il s’agit donc d’un véritable enjeu de santé publique du 21ème siècle pour nos enfants et adolescents d’aujourd’hui.

Plus une myopie apparaît tôt durant l’enfance, plus elle risque d’évoluer vers une myopie forte.

Qu'est-ce que la myopie évolutive ?

Spécialiste des défauts visuels

La myopie est dite « évolutive » si elle augmente de plus de 0,5 dioptrie/an ou si la longueur axiale de l’œil augmente de plus de 0,2 mm/an chez l’enfant.

Si rien n’est fait, les enfants myopes peuvent se retrouver à -6 dioptries ou plus en quelques années de manière irréversible. C’est pourquoi on a l’habitude de dire que « chaque dioptrie compte ».

Pourquoi et comment la myopie évolue-t-elle ?

Prise en charge de la myopie

L’œil humain est un des systèmes optiques les plus élaborés de la nature. Il nécessite d’avoir une image nette projetée sur la rétine de manière constante. Si tel n’est pas le cas, il va chercher à s’allonger spontanément pour retrouver cette netteté, et le cercle vicieux s’instaure tant que les techniques de freination de la myopie (focus périphérique) ne sont pas mises en place.

Troubles de la vision et renouvellement de lunettes

Docteur Julie Blot - Ophtalmologue près d'Aix-en-Provence

Que se passe-t-il si la myopie n’est pas prise en charge correctement ?

Au-delà de -6 dioptries, ou 26 mm de longueur axiale de l’œil, le risque de décollement de rétine est multiplié par 8, de glaucome par 14 et de cataracte précoce par 3.

La myopie forte peut également entraîner des conséquences au niveau de la macula, telle que la prolifération de néovaisseaux.

Une dioptrie de plus, c’est 40% de risques de complications rétiniennes en plus.

Puis l’augmentation est exponentielle, pouvant même atteindre la cécité légale.

Il existe par ailleurs un retentissement psychologique non négligeable du fait de la correction portée par l’enfant (aspect esthétique de l’épaisseur des verres, inconfort lors de la pratique d’activités sportives, contraintes liées au port de lentilles de contact, etc).

Mais freiner la myopie c’est aussi lui laisser la possibilité d’envisager une opération de chirurgie réfractive au laser pour corriger la myopie lorsque sa croissance sera terminée.

Quels sont les facteurs de risque de la myopie évolutive ?

  • Héréditaires :
    • Parents myopes (risque multiplié par 3 si un des deux parents est myope, par 7 si les deux sont myopes)
  • Environnementaux :
    • Temps passé sur les écrans > 2 heures/jour
    • Temps d’exposition à la lumière naturelle < 90 min/jour
  • Travail intensif en vision de près (longues études supérieures)
  • Sexe féminin
  • Ethnique : origine asiatique

Qu’entend-on par freination (ou contrôle) de la myopie ?

  • « Freination », « contrôle », ou « gestion » de la myopie, différents termes peuvent être employés pour qualifier les stratégies permettant de limiter la progression de la myopie chez les enfants et les adolescents.
  • Plus de 500 000 enfants seraient concernés en France en 2023.

Quelles sont les stratégies de prévention au quotidien pour limiter l’évolution de la myopie ?

  • Pratique d’activités extérieures > 2 heures/jour
  • Distance de lecture > 20 cm
  • Il n’existe pas de preuve quant à l’efficacité des filtres anti- lumière bleue
  • Avoir toujours une correction optique optimale (ni trop ni pas assez corrigé), avec des contrôles tous les 6 mois

Quelles sont les stratégies de freination de la myopie reconnues à notre disposition ?

Elles peuvent être combinées entre elles en fonction de la rapidité d’évolution de la myopie, et il existe une méthode appropriée pour chaque enfant.

  • Lunettes verres freinateurs
  • Lentilles freinatrices de jour souples
  • Lentilles freinatrices de jour rigides
  • Lentilles de nuit
  • Collyre d’Atropine diluée à 0,01% à instiller chaque soir dans les deux yeux

Les verres freinateurs de la myopie

Cette nouvelle génération de verres permet aux enfants d’avoir une bonne vision au centre du verre et de corriger le fait qu’avec des verres standards, les rayons lumineux périphériques sont toujours projetés en arrière de la rétine et l’œil continue de s’allonger. Il s’agit d’un système de « défocalisation périphérique » intégré dans le verre, quasiment invisible à l’œil nu. Ils freinent la myopie jusqu’à 60% par rapport aux verres classiques.

La sous-correction de la myopie a montré depuis plusieurs années la preuve de son inefficacité. Une myopie doit impérativement toujours être bien corrigée.

Les lentilles de contact freinatrices de la myopie à porter le jour, souples ou rigides

Le système défocalisant est cette fois intégré dans la lentille. Elles corrigent la myopie tout en ralentissant la croissance du globe oculaire. Elles se portent durant la journée et sont à retirer le soir. Les lentilles souples peuvent être journalières jetables ou renouvelables (mensuelles ou trimestrielles) et doivent être portées 6 jours sur 7 au moins 10 heures par jour. Les lentilles rigides de jour respectent la surface oculaire et sont plus sécuritaires en termes de port que les lentilles souples, même si plus difficiles à supporter au tout début de l’adaptation.

Ces lentilles peuvent être proposées aux enfants dès qu’ils ont la maturité nécessaire pour pouvoir les gérer au quotidien de façon autonome et dans de bonnes conditions d’hygiène. Elles freinent, selon les études, jusqu’à 60% l’évolution de la myopie.

Les lentilles de contact à porter la nuit

Ce sont des lentilles rigides à porter la nuit (technologie appelée « orthokératologie »). Elles permettent non seulement de freiner l’évolution de la myopie mais aussi de s’affranchir des lunettes la journée avec une vision parfaitement corrigée du matin au soir. Elles induisent un remodelage, réversible à l’arrêt du port, des cellules superficielles de la cornée, sans modifier ses couches profondes. Elles sont à porter chaque nuit avec un temps de sommeil de minimum 6 heures/nuit et peuvent être proposées dès l’âge de 8 ans, en fonction de la maturité de l’enfant.

Le collyre à base d’Atropine faiblement dosée (0,01%)

L’Atropine est une molécule qui permet de bloquer l’accommodation et dilater la pupille. Elle est utilisée dans de nombreuses indications en ophtalmologie. Des études cliniques robustes ont montré qu’à faible dosage, l’Atropine a également un pouvoir freinateur de la myopie lorsqu’elle est instillée tous les soirs dans chaque œil. Elle n’est cependant délivrée que dans certaines pharmacies hospitalières, et un effet rebond encore mal connu pourrait avoir lieu à l’arrêt du traitement. C’est pourquoi une durée de 2 à 3 ans de traitement est recommandée, avec une décroissance progressive.

Comment choisir la solution de freination de la myopie la plus adaptée ?

Pour être efficace, toute stratégie de freination doit être adaptée au profil du patient. Un bilan ophtalmologique approfondi permet de définir, en accord avec l’enfant et sa famille, le type de dispositif pouvant être mis en place. Les paramètres devant être pris en compte sont notamment :

  • Les éventuels antécédents familiaux de myopie,
  • Le mode de vie de l’enfant et ses pratiques sportives,
  • Ses attentes et son niveau de motivation et de maturité,
  • L’âge d’apparition de la myopie,
  • La vitesse d’évolution de sa myopie,
  • La mesure de sa réfraction pupilles dilatées sous SKIACOL
  • Les paramètres de son œil (forme de la cornée, longueur axiale…),
  • Le bilan orthoptique de dépistage.

Le coût de la stratégie doit également être évalué avec les parents et le consentement des deux parents doit être recueilli pour les enfants mineurs.

Comment évaluer l’efficacité d’un traitement de freination de la myopie ?

Tous les 6 mois, deux indicateurs clés permettent d’évaluer l’efficacité de la stratégie mise en place :

  • La mesure de la réfraction
  • La mesure de la longueur axiale des yeux (biométrie optique sans contact direct avec l’œil de l’enfant)

Que faire si le traitement de freination de la myopie ne fonctionne pas comme prévu ?

Il est nécessaire d’avoir un recul suffisant et d’attendre au moins un an avant de pouvoir mesurer l’impact d’un traitement de freination sur la progression de la myopie. Il peut toutefois arriver qu’au moment du bilan annuel, la myopie ait progressé de façon plus importante que prévu. Différents facteurs pouvant expliquer cette progression sont à rechercher avant de prendre une décision sur le changement du type de traitement ou sa combinaison avec un autre traitement :

  • L’adhésion à la stratégie de freination est-elle suivie de manière rigoureuse et régulière ?
  • L’enfant a-t-il un mode de vie susceptible de favoriser le développement de sa myopie ?
  • Une maladie de l’œil a-t-elle été éliminée surtout si la myopie progresse très rapidement ?

Peut-on arrêter de freiner la myopie, et à quel âge ?

Il est possible d’envisager d’interrompre les traitements de freination de la myopie lorsque la croissance de l’œil est stabilisée, c’est-à-dire chez le jeune adulte. Il est souvent conseillé d’attendre la fin des études supérieures car le travail intensif de près lié aux études peut continuer d’aggraver la myopie.